Votre reptile voit-il le monde comme nous ?
- Reptiles-Planet

- il y a 15 heures
- 4 min de lecture
La vision des reptiles réserve quelques surprises et peut être assez différente de la nôtre.

Perception des UV, couleurs encore visibles sous une très faible lumière, yeux capables de regarder dans deux directions différentes ou même détection de la chaleur chez certains serpents… Les capacités varient énormément d'une espèce à l'autre et sont étroitement liées à leur mode de vie.
Les UV en sont un bon exemple. Bien connus en terrariophilie pour leur importance dans l'éclairage de nombreuses espèces, ils peuvent également être perçus par certains reptiles. Chez le lézard des murailles (Podarcis muralis), des expériences ont notamment montré qu'ils permettaient de distinguer des signaux visuels qui nous échappent.
Deux lézards qui nous paraissent très semblables peuvent donc présenter, entre eux, des différences que nous ne voyons tout simplement pas.
Alors, à quoi peut bien ressembler le monde vu par un reptile ?
Éteignez la lumière... les règles changent
Regardez un objet coloré dans une pièce bien éclairée, puis observez-le lorsque la lumière devient très faible. Peu à peu, les couleurs deviennent difficiles à distinguer.
Pour certains geckos nocturnes, elles restent pourtant perceptibles bien plus longtemps.
Le gecko casqué (Tarentola chazaliae), par exemple, est capable de distinguer des couleurs sous une luminosité extrêmement faible, comparable à celle d'une nuit faiblement éclairée par la lune. Dans les mêmes conditions, nos yeux ne sont plus capables de différencier les couleurs.
Cela ne signifie pas qu'il voit dans le noir. Ses yeux sont simplement particulièrement bien adaptés pour exploiter le peu de lumière disponible.
Mais tous les geckos ne vivent pas au même rythme. Les Phelsuma, par exemple, sont principalement diurnes. Leurs yeux sont adaptés à une activité en pleine lumière et leur vision des couleurs est particulièrement développée.
Deux geckos peuvent donc avoir des yeux adaptés à des conditions lumineuses très différentes : l'un pour profiter du peu de lumière disponible la nuit, l'autre pour évoluer en pleine journée.
Un bel exemple de la diversité que l'on peut rencontrer au sein d'un même groupe de reptiles.
Le regard étonnant du caméléon

S'il y a bien un reptile dont le regard intrigue, c'est le caméléon.
Ses yeux très mobiles peuvent s'orienter dans des directions différentes, lui permettant de surveiller une grande partie de son environnement sans avoir à déplacer constamment la tête.
On entend souvent dire que ses deux yeux sont totalement indépendants. La réalité est un peu plus subtile.
Lorsqu'il explore son environnement, le caméléon peut regarder dans deux directions différentes et même suivre simultanément deux cibles distinctes. Mais dès que son attention se porte sur une proie, ses yeux peuvent se coordonner autour de la même cible.
Cette capacité prend tout son sens au moment de chasser. Avant que sa langue ne parte en direction d'un insecte, le caméléon doit d'abord le repérer, suivre ses déplacements et évaluer précisément sa position.
Ses yeux lui permettent donc de passer d'une surveillance très large de ce qui l'entoure à une attention beaucoup plus précise lorsqu'une proie entre dans son champ de vision.
Le serpent « voit-il » vraiment la chaleur ?
Vous avez certainement déjà vu ces images où un serpent observe une souris représentée en rouge, jaune et orange, comme à travers une caméra thermique.
L'idée repose sur une capacité bien réelle, mais ce n'est pas exactement ainsi que cela fonctionne.
Certaines espèces de serpents possèdent des organes capables de détecter les infrarouges émis par leur environnement. C'est notamment le cas des vipères à fossettes, des pythons et de certains boas.
Le python royal (Python regius) en offre un exemple facile à observer : les petites fossettes présentes le long de ses lèvres sont des organes thermosensibles capables de détecter de très faibles variations de température.
Ces informations viennent compléter celles fournies par ses autres sens et peuvent notamment l'aider à localiser un animal plus chaud que son environnement, même lorsque la luminosité est faible.
Mais contrairement à ce que laisse penser l'expression « voir la chaleur », ce ne sont pas ses yeux qui détectent les infrarouges.
Et surtout, rien ne permet d'affirmer que le serpent perçoit une image comparable à celle d'une caméra thermique. Nous savons qu'il reçoit cette information et que son cerveau la traite, mais pas à quoi ressemble réellement cette perception pour lui.
Regardez maintenant votre terrarium
Après tout cela, regardez de nouveau un terrarium.
Les couleurs que vous voyez ne sont peut-être pas exactement celles que perçoit son occupant. Une zone qui vous paraît presque plongée dans l'obscurité peut encore offrir des informations visuelles à certaines espèces. Et certains reptiles disposent même d'informations, comme les UV ou les infrarouges, auxquelles nous n'avons pas directement accès.
Nous pouvons étudier leurs yeux, leurs organes sensoriels et leur comportement pour comprendre de mieux en mieux leurs capacités. Mais il restera toujours une limite :
connaître ce qu'un animal est capable de détecter ne permet pas de savoir exactement ce qu'il voit.
C'est pourquoi les images censées montrer « la vision d'un reptile » restent avant tout des représentations. Elles peuvent nous aider à comprendre certaines différences, mais elles ne peuvent pas réellement nous montrer le monde à travers ses yeux.
Finalement, nous pouvons regarder le même terrarium, sous la même lumière et au même moment que son occupant... sans forcément voir le même monde.







Commentaires